Pourquoi encourager le covoiturage ?

Le covoiturage, une solution sociale

“Liberté, Égalité, Fraternité” telle est la devise de la République française. Pourtant en matière de mobilité, les inégalités sont criantes alors que l'aptitude à la mobilité est une condition indispensable à l’insertion sociale, professionnelle et économique. Les chiffres varient en fonction des études, mais il est estimé que les difficultés des Français pour se déplacer toucheraient un habitant sur cinq.

Qui sont les personnes en difficulté en matière de mobilité ?

    Les étudiant.e.s ;
    Les jeunes diplômé.e.s ;
    Les personnes en recherche d’emploi ;
    Les personnes en insertion ;
    Les personnes présentant un handicap ;
    Les familles monoparentales ;
    Les travailleur.se.s précaires ;
    Les travailleur.se.s en horaires décalés ;
    Les travailleur.se.s des secteurs comme le bâtiment, services à la personne (personnel de ménage, agent.e de sécurité, etc.) ;
    etc.

Quelques chiffres

Source : Agir pour une mobilité plus inclusive, rapport d’activité 2019 - Laboratoire de la Mobilité Inclusive
Les principaux freins :
    1/2 ne possède pas de permis de conduire ;
    2/3 n’ont aucun véhicule à leur disposition ;
    1/4 ne dispose d’aucun moyen de se déplacer.
... participent à l'augmentation des inégalités pour accéder à l'emploi :
    50% des personnes en insertion a déjà refusé un travail ou une formation ;
    41% des employeurs ont rencontré des difficultés à pourvoir un poste ;
    59 % des candidats ont refusé une embauche.

Covoiturage et pouvoir d’achat

Selon l’observatoire des inégalités, le coût global d’une voiture par an s’élève à 4 900 €. Cette estimation tient compte de l’achat, du carburant, des frais d’assurance, de réparations, de parking et de péage. Lorsque cette étude a été réalisée (2017), ce montant représentait presque un tiers du SMIC annuel. Il en ressort également qu'un déplacement domicile-travail de 20 km en voiture coûte environ 250 € par mois = 1/4 du salaire au SMIC. Tandis que pour un salarié pouvant se rendre en transports en commun à son travail le coût s'élève à 40 € par mois, après la prise en charge légale par son employeur de la moitié de son abonnement de transport. Ce qui représente environ 1/25ème du salaire au SMIC.
Cependant l’étude Covoiturage et Action Publique menée par l'opérateur de covoiturage Ecov et le Laboratoire Ville Mobilité Transport (LVMT), publiée au 4ème trimestre 2019, 98% des répondants estiment que l’offre de transports en communs classiques est insuffisante pour répondre aux enjeux de mobilité de leur territoire. Le covoiturage local devient ainsi une évidence en soutien aux transports en commun.
Cette même étude met également en avant que pour 53% des répondants, le covoiturage doit être financé et organisé ou régulé par les collectivités.
La LOI MOBILITÉS (LOM) vise à améliorer concrètement les déplacements au quotidien, pour tous les citoyens, grâce à des solutions de transports :
    plus accessibles ;
    plus adaptées à la diversité des besoins ;
    plus propres.
La LOM, promulguée fin 2019 contient plusieurs articles visant à favoriser le développement des mobilités partagées dont le covoiturage. Pour rappel :
    L’article 35 donne la compétence aux AOM de verser (in) directement une incitation (non) financière aux conducteur.rice.s et passager.e.s réalisant un trajet en covoiturage.
    L’article 82 entérine la création d'un Forfait Mobilité Durable facultatif, permettant à un employeur de verser à ses employés un forfait pouvant aller jusqu’à 400€ exonérés d'impôts et de cotisations sociales quand ces derniers se rendent à leur travail notamment en covoiturage.
Le schéma ci-dessous, volontairement très simplifié montre que le coût des déplacements est un enjeu majeur. Les incitations permettent une diminution du reste à charge et participent en répondant à cet enjeu, à augmenter le pouvoir d'achat des covoitureurs.
En conclusion, lorsque les déplacements en transports en commun sont inexistants ou tout simplement non adaptés, ou que la pratique des modes actifs n’est pas pertinente (distance, contrainte horaire, dénivelé, condition physique, etc.), le covoiturage se présente comme une bonne alternative. En ce sens, il constitue une mobilité dite inclusive et accessible à tous. De plus, le covoiturage est une solution qui améliore le pouvoir d'achat de ceux qui le pratique.

Le covoiturage une solution plus écologique

Il est démontré que le secteur des transports est le principal poste d’émission de gaz à effet de serre (GES), en particulier l’utilisation de la voiture individuelle.

L'émission totale des GES issue des transports en France

Données :
    Masse la grande pyramide de Gizeh :
    6109kg6 * 10^9 kg
    ;
    Masse du Titanic :
    4.6107kg4.6 * 10^7 kg
    ;
    Masse d’un éléphant :
    5103kg5 * 10^3 kg
    .

L’émission des GES par habitant

L’empreinte carbone des Français représente 11,2 tonnes équivalent CO₂ par habitant en 2018. Celle-ci comptabilise les gaz à effet de serre (GES) induits par la consommation des Français (y compris la consommation des administrations, des organismes à but non lucratif et les investissements), en tenant compte des émissions associées à la production des biens et services importés. (CGDD, DataLab, 2020).

L’émission de GES économisée induite par le covoiturage lors d’un trajet domicile-travail

En milieu dense urbain

Le covoiturage est un levier en milieu dense urbain qui permet de réduire l'émission de GES. Il ne se substitue pas aux transports en commun ou aux modes actifs, qui peuvent également répondre aux besoins de déplacement.
Selon les données de l’ADEME (cf. ci-dessous), l’émission de GES / personne en voiture individuelle est environ de 7 kilos de CO₂ équivalent en milieu dense urbain.
Nombre de personnes par véhicule
Émission de GES / personne / véhicule
7
3,5
1,8
Émission de GES économisés / personne
0
3,5
5,2
Données : en kilos de CO₂ équivalent

En milieu extra-urbain :

Il convient de préciser, qu’aujourd’hui, il est impossible de supprimer intégralement l’usage de la voiture individuelle en milieu extra-urbain, en revanche il est recommandé de la remplir dès que possible en covoiturant.
Selon les données de l’ADEME (cf. ci-dessous), l’émission de GES / personne en voiture individuelle est environ de 5,3 kilos de CO₂ équivalent en milieu dense urbain.
Nombre de personnes par véhicule
Émission de GES / personne / véhicule
5,3
2,6
0,7
Émission de GES économisés / personne
0
2,7
4,6
Données : en kilos de CO₂ équivalent
Exemple d’application
Prenons les hypothèses simplifiées suivantes :
    Taux de remplissage de personnes par véhicule = 2
    Nombre de déplacements domicile-travail annuel = 200
    En milieu dense urbain, émission de GES économisés / personne / déplacement domicile-travail = 3,5 kg
    En milieu extra urbain, émission de GES économisés / personne / déplacement domicile-travail = 2,7 kg
    Empreinte carbone par Français en 2018 = 11,2 tonnes équivalent CO₂ (Citepa)
Calculons maintenant les émissions de GES économisées annuellement avec les hypothèses ci-dessus appliquées sur les trajets domicile-travail :
    En milieu dense urbain :
      Émission de GES économisée = 2 × 200 × 3,5 = 1400 kg = 1,4 tonnes
      Un taux de diminution d’émission = - 1,4 / 11,2 × 100 = -12,5 %
    En milieu extra-urbain
      Émission de GES économisée = 2 × 200 × 2,7 = 1 080 kg = 1,08 tonnes
      Un taux de diminution d’émission = - 1,08 / 11,2 × 100 = - 9 %
Méthode de calcul
Les données sont issues de ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie), 2016. Les trajets sont calculés sur une distance moyenne domicile-travail de 30 km aller-retour. Les émissions moyennes de Gaz à Effet de Serre (GES) par véhicule et par kilomètre (du puits à la roue) sont de +195 g CO₂ équivalent par véhicule-kilomètre.
Selon l’ADEME, afin d’améliorer la précision de cette donnée, il convient d’appliquer un impact de
    +20% en milieu dense urbain, portant la moyenne à 234 g CO₂ équivalent par véhicule-kilomètre.
    -10% sur les trajets extra-urbain, portant la moyenne à 175 g CO₂ équivalent par véhicule-kilomètre.
Je me sensibilise à mes émissions en CO2 avec le convertisseur en ligne de Datagir.

Les modes à encourager en complément du covoiturage

Afin de se diriger vers une mobilité plus inclusive et plus respectueuse de notre environnement, il convient de ne pas oublier les autres modes.
    Transports en commun : mise en œuvre d’actions concrètes pour renforcer l’attractivité des transports en commun comme l’ouverture des données transports, une campagne de communication, l’organisation de challenge, la facilitation des parcours usagers physiques et numériques, etc.
    Vélo et trottinette : création d’infrastructure cyclable, mise en place de système de location courte ou longue durée, aide à l’achat, locaux de réparation, augmentation de l’offre de stationnement sécurisé, etc.)
    La marche : création d’un maillage du territoire piéton, élargissement des trottoirs, création de zone douce, amélioration de la signalétique visuelle et sonore (par exemple en cas de déficience visuelle), etc.
    L’autopartage : création de place de stationnement réservée, mise en place d’incitation, création d’une offre de location, etc.
    La limitation des stationnements publics pour l’utilisation de la voiture individuelle.
Le développement de ces modes doit se faire dans une logique de complémentarité sans oublier leur intégration avec les offres de transports régionales ou nationales comme les autocars ou le train.
Vous hésitez encore ? Expérimentez !
“La vie n'est pas un problème à résoudre mais une réalité à expérimenter.” Bouddha
Qu’il s’agisse du développement du covoiturage ou de n’importe quel autre mode de transports, une expérimentation peut être une première étape pour sauter le pas et ainsi mettre en œuvre une politique de développement plus poussée dans un second temps en ayant connaissance des tenants et aboutissants.

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Dernière mise à jour 3mo ago